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Le brunch du patrimoine 2006
(Salle Municipale de St-Joseph du Lac, Qc) L’héritage de l’abbaye d’Oka
La Société d’histoire d’Oka et la Société d’histoire régionale de Deux-Montagnes
En compagnie de Dom Yvon-Joseph Moreau, du Père Bruno-Marie Fortin et du maire d'Oka, Yvan Patry
Décision du transfert de l’Abbaye par D. Yvon-Joseph Moreau
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Que la décision du transfert de notre communauté dans un autre lieu – décision élaborée au cours des années 2002-2003 - ait pu vous surprendre et qu’elle puisse vous surprendre encore, cela ne me surprend pas!... Si vous-mêmes, vous m’aviez dit il y a dix ou quinze ans : « Un jour, vous devrez quitter Oka », j’aurais réagi spontanément en vous disant : « Jamais ! » Déjà, je vous laisse deviner que la décision d’un transfert, c’est une décision que l’on prend lorsqu’on n’a plus le choix !... Mais avant de vous exposer la genèse de notre décision, je veux signaler brièvement que ce n’est pas la première fois qu’une telle éventualité était envisagée à l’Abbaye d’Oka. Déjà dans les années 1950, sous Dom Pacôme, le Supérieur de l’époque, la question s’était posée en raison des sérieux dommages que l’exploitation de la mine Colombium, située tout près du monastère, faisait subir à nos édifices et surtout à notre église. La tradition orale rapporte que Dom Pacôme serait parti à la recherche de terrains, surtout dans la région de Portneuf, près de Québec. Mais il n’y a aucune trace écrite de ses démarches. Un peu plus tard, en 1968, et pour des motifs encore liés aux craintes que suscitait la mine, Dom Fidèle, avec l’accord de l’Abbé Général de notre Ordre Cistercien, résidant à Rome, a fait l’acquisition d’un vaste domaine près du Lac Selby, dans les Cantons de l’Est : 1450 acres et on précise : « pour assurer la solitude nécessaire…» Ce terrain a finalement été revendu après un certain nombre d’années. Vers la fin des années 1980, la question du transfert s’est posée de nouveau, mais dans un contexte assez différent. Cette fois-ci, le motif en était la diminution du nombre des membres de la communauté. Devant ce questionnement, Dom Fidèle a considéré que le moment était venu pour lui de présenter sa démission et qu’un autre devait plutôt mener ce discernement avec la communauté. C’est ainsi qu’il y a eu élection d’un nouvel abbé le 22 octobre 1990. Tout au long de l’année 1991, une réflexion s’est poursuivie avec les membres des deux Conseils qui ont mission de seconder l’abbé dans sa tâche pastorale et administrative. Le 28 décembre 1991, un vote était pris où les frères, d’une manière presque unanime, ont fait le choix de demeurer à Oka, tout en réaménageant les lieux. La raison déterminante de cette décision était le nombre encore important de frères en communauté et l’âge très élevé de plusieurs d’entre eux. Dans ce contexte, le moment ne semblait pas venu de réaliser un transfert : nous risquions de construire un monastère qui, dix ou quinze ans plus tard, aurait été deux fois trop grand. Nous avons alors procédé à une rénovation de tout le monastère en quatre phases, réalisées de 1992 à 1996 ; nous en avons alors profité pour réparer et bien consolider tout le monastère. Nous avons aussi rénové notre magasin au cours de l’année 2000. Ces diverses options laissent deviner que nous désirions vraiment poursuivre notre vie à Oka. Toutefois, même s’il nous était difficile de le voir et de le reconnaître, le nombre des membres de notre communauté continuait à diminuer d’année en année, avec beaucoup de décès et peu de nouveaux postulants ou novices. - Hier, j’ai célébré les funérailles du 38e frère de la communauté à décéder depuis seize ans que je suis abbé. - Devant cette réalité, en janvier 2002, j’ai voulu préparer mes frères à une nouvelle remise en question : nous étions alors 38, mais en raison de l’état des santés de quelques frères, je prévoyais que nous pourrions diminuer assez rapidement. J’ai alors partagé à mes frères comment je considérais intenable, au plan économique et au plan psychologique, de continuer dans les locaux que nous occupions, si notre communauté devait descendre au-dessous du nombre de trente frères et j’ai conclu : « je crois que nous devrons reprendre une réflexion communautaire sur notre avenir au cours de l’année 2004… » Très vite, suite à cette affirmation, plusieurs frères sont venus me voir et m’ont dit : « puisque tu vois que la question va se poser bientôt, pourquoi ne pas commencer notre réflexion communautaire tout de suite… La situation apparaîtra moins menaçante et notre réflexion sera plus sereine… » C’est ainsi que nous avons repris des échanges communautaires réguliers à l’automne 2002 et que nous avons fait le choix d’un transfert le 7 mars 2003. Dans un deuxième temps, nous nous sommes demandés si ce transfert était possible sur nos terrains à Oka, ou si nous devions choisir un autre lieu. Dès le 30 avril, par vote secret, comme nous avons toujours l’habitude de procéder pour les questions importantes, nous décidions que notre transfert devait se réaliser dans un autre lieu et nous avons ensuite privilégié les régions suivantes par ordre de préférence : les Laurentides, Lanaudière, la Mauricie. Dès les premiers jours de mai, je rencontrais notre évêque Mgr Gilles Cazabon, puis notre maire M. Yvan Patry pour leur annoncer notre décision avant de la rendre publique ; ce qui a été fait par un communiqué daté du 5 mai 2003. Ce communiqué, intitulé Un nouveau projet monastique, avait été préparé par les frères des deux Conseils de l’abbé et il présente de façon synthétique les motifs qui ont conduit notre communauté à cette décision. Il me semble que le mieux est de vous en partager le contenu : Pour favoriser davantage la dimension contemplative de notre vie, notre communauté monastique a fait le choix de s’implanter dans un nouveau lieu. Cette décision a été mûrie dans un processus de réflexion et de discernement communautaires. Notre communauté compte actuellement 31 moines présents, dont la moitié ont plus de 70 ans [aujourd’hui, 29 moines : 12 ont plus de 70 ans et 17 ont moins de 66 ans], dans un monastère qui en a déjà abrités plus de 175 ; la structure matérielle devient ainsi de plus en plus lourde à porter et à gérer. D’autre part, l’urbanisation croissante de la région que nous habitons offre de moins en moins le cadre de silence et de solitude souhaités pour notre vie monastique. Nous avons donc fait le choix d’aller nous établir dans un nouveau lieu - non encore déterminé – qui offrira un tel cadre, et dans des bâtiments mieux proportionnés à la taille de notre communauté. Nous voulons ainsi investir le meilleur de nous-mêmes et de notre énergie dans ce qui est au cœur de notre engagement chrétien et monastique, plutôt que de maintenir un patrimoine qui a sa beauté et sa valeur au plan historique. Ce n’est pas sans un pincement au cœur que nous faisons le choix de quitter le lieu de notre enracinement, après plus de 120 ans de présence à Oka [125 ans, cette année !]. Évidemment, ce projet ne pourra se réaliser que par étapes, dans les mois et les années qui viennent. Tournés vers l’avenir et sa nouveauté, nous vivons ce moment important de notre histoire dans une attitude de foi et d’espérance. Que vous dire de plus ?... Je crois que le mieux sera de répondre à vos questions, s’il y en a, et dans la mesure où j’en serai capable… Yvon-Joseph Moreau, abbé le 22 octobre 2006 |